Une évaluation honnête de Dash, la cryptomonnaie qui monte

Fair-unfairEric Sammons, déjà connu de nos services, a publié le 3 mars 2017 un article reflétant ses interrogations sur Dash, suite à l’explosion du cours. Forces et faiblesses de la cryptomonnaie, enthousiasmes et doutes, questions et réponses : ce texte, qui détaille les opinions personnelles de son auteur, est traduit par Dash France avec son aimable autorisation.


Dash, la cryptomonnaie qui se donne pour ambition de devenir l’« argent liquide numérique » du monde, a connu une hausse extraordinaire ces dernières semaines. Alors qu’elle s’échangeait en-dessous de 10 dollars il y a quelques mois, elle a tout récemment atteint les 50 dollars. Cette hausse météorique a attiré beaucoup d’attention sur Dash, son histoire, sa technologie et son équipe. Malheureusement, dans la sphère des cryptomonnaies, ce coup de projecteur est aussi synonyme d’attaques et de médisance, et d’assez peu de discussion rationnelle. Les haïsseurs de Dash ont surgi en nombre, prétendant que la moindre faiblesse de Dash serait la preuve d’une « escroquerie » ; en réponse, certains de ses défenseurs ont avancé que Dash aurait résolu tous les problèmes propres à cette nouvelle technologie, et que son cours ne pouvait plus que monter sans limite. Il est difficile de contrôler ses émotions durant les hausses rapides du cours, mais j’espère ici pouvoir prendre un peu de recul et partager mon évaluation honnête des forces et faiblesses de Dash, et aussi de quelques autres choses qui n’ont aucune importance. Je ne sais pas (ni ne m’en soucie) à quel niveau le cours de Dash va s’établir sur le court terme ; ce qui m’intéresse, ce sont les perspectives sur le long terme.

Pour préciser le contexte, j’ai détenu une petite quantité de dashs quand la monnaie s’appelait encore Darkcoin (c’est-à-dire avant mars 2015), mais je n’ai commencé à m’y impliquer sérieusement qu’en décembre 2015, frustré par Bitcoin et l’interminable débat sur sa gouvernance et sa scalabilité. Aujourd’hui, Dash est de loin ma cryptomonnaie préférée, mais je détiens aussi des fonds en Bitcoin, Zcash, Monero et même Litecoin (pour ce dernier, je ne sais même pas pourquoi). Je suis opérateur de masternode Dash et j’ai créé le site dashvotetracker.com. J’ai écrit un certain nombre d’articles sur Dash et j’ai deux ou trois fois été interviewé sur le sujet. Cependant, je n’ai jamais soumis de proposition au système budgétaire Dash et je ne fais pas partie de l’équipe de développement officielle Dash. Globalement, je suis satisfait de la direction prise par Dash et je crois à son avenir, mais cela ne veut pas dire que je le croie sans faiblesses.

Forces de Dash

La plus grande force de Dash, de loin, est son réseau de masternodes. Ce réseau de second niveau est ce qui permet à Dash d’offrir des innovations dont Bitcoin est actuellement incapable, parmi lesquelles InstantSend, PrivateSend et le système budgétaire Dash.

Comme beaucoup de ceux qui soutiennent Dash, mon premier amour a été Bitcoin. J’ai été fasciné par le génie qu’a mis Satoshi dans sa création. Cependant, à mesure que le projet Bitcoin dégénérait en factions guerrières et dans un conflit sans fin perceptible, je me suis surpris à regarder ailleurs. Les autres cryptomonnaies avaient beaucoup de points en leur faveur, mais le réseau de masternodes Dash s’attaquait aux problèmes mêmes qui paralysaient Bitcoin, jusqu’à peut-être les résoudre. Problème de la double dépense ? Résolu. Soucis de confidentialité ? Résolus. Problème des confirmations de transactions toujours plus longues ? Résolu. Problème de l’absence d’un véritable système de gouvernance ? Résolu.

C’est le système intégré de gouvernance qui me passionne le plus dans Dash. Chaque cryptomonnaie a ses avantages propres, et chacune doit relever ses propres défis, mais les problèmes rencontrés par Bitcoin ont démontré qu’un système de gouvernance décentralisée est indispensable pour qu’une monnaie reste forte. D’autres projets cryptomonétaires déclarent avoir la meilleure solution technique aux problèmes actuels, mais Dash offre en lui-même un moyen de résoudre les problèmes de demain.

Evan Duffield, créateur de Dash
Evan Duffield, créateur de Dash

Une autre force de Dash est son équipe de développement. J’ai une grande confiance en beaucoup de ses membres, parmi lesquels Evan Duffield, Ryan Taylor, Andy Freer, Holger Schinzel, Moocowmoo, Fernando Gutierrez, Robert Wiecko et d’autres. Cela ne veut pas dire que je considère l’équipe de développement comme parfaite (nous en reparlerons au chapitre des « faiblesses ») ; mais elle est une équipe forte qui a démontré son efficacité et sa capacité à innover. De plus, contrairement à celles d’autres cryptomonnaies, cette équipe semble n’avoir qu’un seul souci : améliorer Dash, et non pas s’engager dans des polémiques sur Reddit, censurer des opposants ou attaquer les contributeurs d’autres projets. En un mot, ils sont professionnels. C’est important à mes yeux parce que, si une cryptomonnaie doit rencontrer le succès dans l’industrie des paiements, son équipe se doit d’être aussi professionnelle que dans l’entreprise la plus performante. Quelle boîte du classement Fortune 500 accordera sa confiance à un projet technologique dirigé par quelqu’un qui passe ses journées sur Reddit à casser du sucre sur le dos des gens ? Soyons adultes.

Dash Detailed - Amanda B. Johnson
Tous à bord du train Dash !

Enfin, je considère la communauté Dash comme un de ses points forts. Des gens comme Amanda Johnson, Tao of Satoshi ou d’autres ont assuré un excellent travail de recrutement pour la communauté Dash, et ont fait en sorte que les nouveaux venus comprennent le fonctionnement et l’utilisation de Dash. Au lieu d’insulter ceux qui font des erreurs ou posent des questions de débutants (« t’as pas mis le bon nombre de satoshis par octet dans ta transaction, crétin ! »), la communauté Dash travaille dur pour informer au mieux les gens. Pour une nouvelle technologie s’efforçant d’élargir le nombre de ses utilisateurs, cela est crucial.

Faiblesses de Dash

Bon, d’accord, je me rends bien compte que, jusqu’ici, j’ai tout l’air d’un fan. Et la vérité, c’est que je suis un fan de Dash. De toutes les cryptomonnaies existantes, je crois que Dash est la mieux partie pour réussir. Mais le monde des cryptomonnaies est encore jeune, et, à vrai dire, toutes les cryptomonnaies qui existent aujourd’hui peuvent échouer. Elles ont toutes des faiblesses qui pourraient finir par les tuer. Je ne crois donc pas que Dash soit parfait. J’ai mes inquiétudes, qui ne sont pas encore des alarmes, mais qui n’en sont pas moins des inquiétudes.

Bouton Amazon Dash
Quand pourra-t-on acheter de la lessive Tide avec Dash en appuyant sur un bouton Dash ?

D’abord, je déteste le nom « Dash ». J’ai bien conscience que cela veut dire « digital cash », mais c’est vraiment un nom atroce. C’est trop générique. Si vous cherchez « Bitcoin » sur Google, devinez ce qui apparaît en premier ? Bitcoin.org, comme attendu. Si vous lancez une recherche sur « Dash », le premier résultat est ShopDashOnline.com, un site de mode féminine. Le second résultat est une page Wikipédia sur le tiret, le signe de ponctuation [NdT : « dash » en anglais]. La cryptomonnaie Dash apparaît tout de même sur la première page de résultats Google, ce qui n’est pas rien. Mais « Dash » n’est tout simplement pas assez distinctif. Amazon a un produit qui s’appelle Dash. Dash est un navigateur de documentation informatique. Et zut, il y a même une application mobile de paiement qui s’appelle Dash (ça ne va pas simplifier les choses…). Il me faut admettre que je n’aimais pas le nom « Darkcoin » non plus, car il semblait restreindre l’usage des cryptomonnaies aux marchés noirs du Net [dark markets]. Moi, j’aurais simplement conservé « Xcoin », le tout premier nom. Là où nous en sommes, un troisième changement de nom ne serait sans doute pas une bonne idée, et il faut espérer que le succès de Dash sur le long terme permettra au grand public d’associer ce nom à la cryptomonnaie.

Une autre faiblesse de Dash est la division “développement commercial” de l’équipe de développement. Je ne veux pas ici accabler certains individus, mais les activités de l’équipe de développement commercial ne m’ont pas inspiré grande confiance. Il y a eu trop de projets ratés, et beaucoup d’argent gâché pour soutenir ces projets. De plus, l’équipe a investi beaucoup trop de temps et de moyens sur les relations avec des plateformes d’échange ou d’autres entreprises, plutôt que d’affecter ces moyens à l’utilisation effective de la monnaie dans la vie réelle. Une telle utilisation dans le monde réel aurait poussé les plateformes et les autres entreprises à intégrer Dash. Problème supplémentaire, les membres de l’équipe de développement commercial ont toujours eu une communication médiocre avec le réseau des masternodes. À un certain moment, le responsable du développement commercial est resté introuvable pendant des mois, sans pour autant qu’il ne s’explique à son retour. En tant qu’opérateur de masternode, je vote actuellement “non” à toutes les propositions de développement commercial qui sont soumises, car je n’ai pas confiance dans les gens qui en ont la charge. Il faut espérer que cela change (soit les responsables actuels regagneront ma confiance, soit de nouvelles têtes prendront les manettes).

Dash a aussi les faiblesses qu’on peut rencontrer dans tout projet naissant (eh oui, à l’âge de trois ans, Dash est encore un “projet naissant”). Par exemple, il n’y a vraiment pas beaucoup de transactions sur la blockchain Dash. Il n’y a que trop peu de vendeurs qui acceptent Dash, et peu de gens qui l’utilisent dans leur vie quotidienne. Cela s’améliore, mais, si nous sommes honnêtes envers nous-mêmes, nous devons reconnaître que Dash en tant qu’« argent liquide numérique » n’est pour l’instant rien de plus qu’une potentialité, et non une réalité. (Bien entendu, le nombre de transactions Bitcoin au même moment de son histoire était similaire.)

Je soupçonne également que la répartition des masternodes est encore assez concentrée (je dis que je le “soupçonne” car il n’y a pas de moyen certain de savoir qui possède les masternodes). À ce point de l’histoire de Dash, cela ne me tourmente pas trop, mais il conviendra que ça change sur le long terme, pour la santé du réseau. Avec la hausse du cours de Dash, je ne serais pas surpris de voir plus de masternodes changer de mains, les investisseurs précoces qui détiennent beaucoup de masternodes les revendant avec profit à de nouveaux venus souhaitant s’investir davantage.

Upgrade
Mettre à jour une monnaie globale : pas pour les mauviettes

Dash est aussi sujet aux faiblesses inhérentes à toutes les cryptomonnaies décentralisées, c’est-à-dire, spécialement, à la façon dont se passent les mises à jour. Tout récemment, Dash a fait un hard fork de son réseau, et de l’avis général cela a été une réussite — mineurs, masternodes et vendeurs ont tous pu faire la mise à jour sans qu’une nouvelle monnaie ne soit créée (pas de “Dash Classic”) ni qu’une polémique pleine d’aigreur ne vienne empêcher la mise à jour par crainte d’un schisme. Cependant, la mise à jour a pris plusieurs semaines, pendant lesquelles certaines fonctionnalités, comme InstantSend, ont été désactivées. Cela n’a pas été problématique en raison du faible usage de Dash actuellement, mais si Dash a l’ambition de servir des millions d’utilisateurs en tant que “PayPal 2.0” décentralisé, une mise à jour d’une telle lenteur avec des fonctionnalités désactivées serait complètement inadmissible. La question de la mise à jour transparente d’un réseau décentralisé mondial se pose à chaque cryptomonnaie, et pour l’instant il n’y a pas de bonne réponse. Espérons que Dash sera le projet qui résoudra ce problème.

Ce qui n’a aucune importance

J’ai passé en revue ce que je considère être les forces et faiblesses de Dash, mais je souhaite aussi mentionner deux ou trois choses dont je pense qu’elles n’ont aucune importance, même si elles sont souvent évoquées ad nauseam (et il faut ici souligner le mot nausée…). La première, et la moins importante, est la question de l’“instaminage” [instamine]. Il s’agit du fait que, le premier jour de l’existence de Dash, environ deux millions de dashs aient été créés — soit par accident, soit intentionnellement, selon la source qu’on choisit de croire. Quelle qu’en soit la cause, je n’ai jamais accordé à cet événement la moindre importance. Tout d’abord, le fait que le fondateur et les premiers utilisateurs détiennent beaucoup de fonds est vraie pour quasiment toutes les cryptomonnaies, y compris leur ancêtre à toutes, Bitcoin. En fait, c’est aussi vrai pour toute technologie dans ses premiers temps (cf. Bill Gates/Microsoft et Steve Jobs/Apple). Au pire, cela incite les fondateurs ou utilisateurs originels à travailler dur, à assurer le succès de leur projet et à voir leur investissement payé de retour (ce qui peut s’illustrer par le fait qu’Evan Duffield est toujours impliqué dans Dash après trois années).

Fair-unfair
La vie n’est pas toujours juste, les gars

J’ai cru remarquer que la plupart des gens qui se plaignent de l’instaminage ont une idée puérile de “l’équité”. Ou, plus précisément, une conception socialisante de l’équité (mais je crois que c’est un pléonasme). Ils croient que le succès ou les gains d’une personne “au détriment” des autres constitue une insulte à l’humanité. Plus vraisemblablement, ils sont simplement irrités de ne pas être ceux qui ont réussi, et souhaitent prendre aux riches pour donner aux pauvres (c’est-à-dire à eux). Je suis de l’avis qu’une marée montante fait monter tous les bateaux. Si Evan Duffield devient un jour incroyablement riche grâce aux dashs qu’il détient, alors cela voudra dire que tous ceux qui ont investi dans Dash seront eux aussi prospères ; la seule manière qu’a une cryptomonnaie de réussir est d’être utilisée par beaucoup de monde. Gagnant/gagnant/gagnant. En fin de compte, l’instaminage n’a fait aucune victime (n’importe qui pouvait miner Dash aux tout débuts pour un coût très bas, ou pouvait investir le long des trois dernières années) et il n’a eu aucun impact sur le réseau. C’est là beaucoup de bruit et de fureur qui ne veulent absolument rien dire.

Une autre critique, plus récente, est celle de la possibilité de “masternodes paresseux”, c’est-à-dire de serveurs configurés pour répondre aux requêtes transmises aux masternodes, mais qui en fait n’exécutent aucun des services de masternode pour le réseau. Bien que théoriquement possible, il n’y a aujourd’hui que très peu de facteurs incitant à la création de masternodes paresseux — après tout, vous auriez quand même besoin d’une caution de 1000 dashs, et faire tourner un véritable masternode ne coûte pas cher. Je peux concevoir que les masternodes paresseux deviennent un problème par la suite, si Dash est utilisé par des millions de personnes, ce qui élèverait le coût de fonctionnement des masternodes. C’est cependant une chose que l’équipe de développement peut corriger à l’avenir ; ce n’est en rien un problème paralysant. Au vu de l’efficacité passée de l’équipe de développement et de la capacité de Dash à évoluer, j’ai toute confiance que ça ne devienne jamais un problème significatif.

En conclusion

Je me suis impliqué dans les cryptomonnaies depuis presque quatre ans maintenant, d’abord par Bitcoin puis en me diversifiant dans différentes monnaies alternatives. La création de Satoshi peut changer le monde. Mais ce n’est peut-être pas Bitcoin qui le fera. Je crois en la compétition cryptomonétaire, et j’espère que cette concurrence engendrera une monnaie décentralisée mondiale de qualité. Sur la foi de ce que j’ai vu, je pense aujourd’hui que Dash est la monnaie la mieux armée pour remporter cette compétition. Non pas parce que je la considère parfaite, mais parce que je crois que sa structure lui permet de s’adapter et de s’améliorer avec le temps. Ses forces lui donnent la capacité de surmonter ses faiblesses.

Eric Sammons