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“Duffenomics” : le modèle économique Dash
Donner à une monnaie sa pleine nature monétaire

Toknormal
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En 2015, Toknormal nous proposait dans un billet de forum sa vision du modèle économique de Dash. Cette analyse est suffisamment stimulante, approfondie et fondamentale pour avoir gardé tout son intérêt des années plus tard. Cet article expert est aujourd'hui traduit par Dash France, avec l’aimable autorisation de son auteur.

Où l’on découvre comment Dash, grâce à sa structure à deux niveaux (minage et masternodes), répond à deux rôles monétaires distincts et complémentaires, aussi fondamentaux l’un que l’autre : le rôle monétaire (circulation des liquidités) et le rôle d’investissement (capitaux générant des intérêts). Dash s’affirme donc à la fois comme monnaie d'achat quotidien de biens et services et comme réserve de valeur, là où Bitcoin a renoncé au premier de ces deux rôles.


Si vous êtes investisseur dans les cryptomonnaies, il est normal que vous consultiez le cours x fois par jour pour vérifier si votre monnaie se porte bien. Cependant, si votre objectif est de créer une nouvelle monnaie (tout comme si vous construisiez une maison, ou une voiture), alors il y a certains moments où la recherche du cours le plus élevé n’est pas l’objectif le plus approprié, et où elle entre en contradiction avec d’autres priorités plus immédiates.

Mettez un casque de chantier sur la tête et essayez de voir les choses sous l'angle du bâtisseur, plutôt que sous celui de l’investisseur. Dans ce cas, quelle est la priorité ? C’est sans doute de donner à la monnaie une pleine nature monétaire — c’est-à-dire de faire en sorte que l’ensemble des fonds ait un rôle monétaire. Il n’existe traditionnellement que deux rôles monétaires possibles :

  1. un rôle de moyen de paiement de biens et de services ;
  2. un rôle de réserve de valeur (et, puisqu’il s’agit d’une monnaie, cela implique que des intérêts soient perçus, pour compenser l’inflation).

Il n’y en a aucun autre !

Terminologie

Pour plus de clarté, nous pouvons désigner ces deux rôles monétaires, respectivement, comme la fonction monétaire et la fonction de réserve.

En conséquence, le marché qui recherche des liquidités utilisables peut être appelé le marché monétaire, tandis que le marché qui vise à percevoir des intérêts peut être appelé le marché de réserve.

Enfin, ces marchés correspondent chacun à une part de la masse monétaire totale, à savoir la provision monétaire et la provision de réserve.

D’emblée, on devine les problèmes que rencontrera toute monnaie nouvellement créée :

Le résultat de cette absence de « démarrage » dans la demande monétaire est le suivant, à la création d’une monnaie : un certain niveau de cours est atteint, puis il se produit une longue descente — parfois jusqu’à zéro.

Dash tente de résoudre le problème du « démarrage » de la demande monétaire en créant deux marchés au lieu d’un seul, et en les rendant complémentaires l’un par rapport à l’autre, de telle manière que la masse monétaire entière soit utilisée dans les deux rôles monétaires fondamentaux, et que soient formés dès le départ les deux marchés (monétaire et de réserve).

Activité récente sur les marchés et augmentation du nombre de masternodes

Cet après-midi [29 septembre 2015], j’ai remarqué que le volume de fonds Dash disponibles sur les plateformes de change augmentait rapidement. Pourtant, quand j’ai regardé le nombre de masternodes, j’ai constaté que celui-ci restait stable. Voilà un bon indice pour identifier tout de suite la source des fonds arrivés sur le marché : dans ce cas, la source est le marché monétaire (zone bleu foncé dans le diagramme ci-dessous). On peut raisonnablement conclure que, sur l’année écoulée, beaucoup de la masse monétaire affectée aux cautions de masternode provenait de fonds déjà détenus, qui ont été redistribués (c’est-à-dire : un déplacement de fonds a eu lieu depuis la zone bleu foncé du diagramme ci-dessous vers la zone orange, sans passer par les marchés). L’augmentation du nombre de masternodes n’a donc eu que peu d’impact sur le cours, parce que le réseau des masternodes a principalement été alimenté par la réaffectation de fonds déjà détenus.

Cependant, à un certain point, ce flux s’arrêtera. Il y aura inévitablement certains détenteurs qui ne voudront pas mettre en place des masternodes, pour une raison quelconque — ils veulent conserver leurs fonds pour le trading, ils veulent jouer à Satoshi Dice, ils veulent acheter du muscat sec à la Misconduct Wine Company, etc.

Si l’on reconsidère notre objectif initial, qui est de donner à notre monnaie sa pleine nature monétaire, nous devons ajouter une troisième catégorie. Il s’agit de la part de la masse monétaire qui est redondante, c’est-à-dire qui n’est utilisée dans aucune des deux provisions répondant à la demande de marché (ni la provision monétaire, ni la provision de réserve générant des intérêts). Quand cette part n’est pas nulle, elle trouve son chemin jusqu’aux marchés et elle fait l’objet d’échanges. (Note : il ne s’agit pas des fonds déjà présents dans les livres d’ordres, mais des fonds qui changent de mains et qui font bouger le cours — ou, autrement dit, des fonds dans les livres d’ordres qui coïncident avec le cours demandé le plus proche.) Que se passe-t-il alors ? Les fonds disponibles changent de mains, donc le cours bouge et la part des fonds redondants disparaît (l’intervalle bleu clair du diagramme ci-dessous se referme entièrement). Quand le cours se stabilise, alors la masse monétaire est à nouveau entièrement distribuée dans nos deux marchés.

Est-que ce n’est pas le cas pour toutes les cryptomonnaies, d’une manière ou d’une autre ?

Oui, toutes les cryptomonnaies présentent l’un ou l’autre aspect de ce modèle monétaire. Il y a cependant une différence :

Le modèle économique Dash : comment ses deux marchés sont-ils complémentaires, et quel est le mécanisme de stabilisation ?

Examinons chacun des deux marchés en les désignant par leur couleur dans le diagramme ci-dessous, et voyons comment ce modèle rétablit continûment la masse monétaire totale dans sa pleine nature monétaire. (À noter : la priorité est d’assurer à toute la monnaie sa pleine nature monétaire, elle n’est pas de soutenir le cours. Notre hypothèse est que, si les deux fonctions monétaires sont également assurées, alors il est très probable que le cours augmente sur le long terme.)

POUR UN MARCHÉ MONÉTAIRE D’UNE TAILLE DONNÉE (la zone bleu foncé est fixe) :

  1. Si le nombre de masternodes diminue (les détenteurs veulent échanger leur caution de masternode contre une autre monnaie, et ils sortent de Dash) :
    1. L’intervalle bleu clair s’élargit, et la masse monétaire redondante (Sr) devient positive.
    2. Ces fonds excédentaires vont sur les marchés et font baisser le cours.
    3. Le revenu des masternodes augmente (car il y a moins de masternodes), le coût d’un masternode diminue (à cause du point b).
    4. L’effet du point c est de créer une demande à la fois dans le marché monétaire (bleu foncé, celui de la communauté existante d’investisseurs) et dans le marché de réserve (orange).
    5. L’intervalle de monnaie redondante (Sr) se referme, le nombre de masternodes se stabilise et la pleine nature monétaire est rétablie.
  2. Si le nombre de masternodes augmente (la demande augmente dans le marché de réserve) :
    1. La masse monétaire redondante (Sr) devient négative.
    2. Un nombre Sr négatif dû à la pénurie de masternodes ne peut être rééquilibré qu’en déplaçant des fonds de la zone bleu foncé vers la zone orange, ce qui peut se produire de deux façons : un détenteur actuel réaffecte ses fonds en caution de masternode, ou bien un nouveau détenteur crée un masternode avec des fonds passant d’abord par le marché et changeant de mains.
    3. Le cours augmente pour assurer les besoins de liquidités du marché monétaire (zone bleu foncé).
    4. La masse monétaire redondante négative (Sr) est éliminée, et la pleine nature monétaire est rétablie.

POUR UN NOMBRE DONNÉ DE MASTERNODES (la zone orange est fixe) :

  1. Si la taille du marché monétaire diminue :
    1. L’intervalle bleu clair s’ouvre et la masse monétaire redondante (Sr) devient positive.
    2. Le cours baisse pour refermer l’intervalle.
    3. La masse monétaire redondante (Sr) se referme, la taille du marché se stabilise et la pleine nature monétaire est rétablie.
  2. Si la taille du marché monétaire augmente :
    1. La masse monétaire redondante (Sr) devient négative puisqu’il y a pénurie de liquidités.
    2. Par définition, la demande a dépassé les fonds disponibles sur le marché, donc le cours augmente pour répondre aux besoins de liquidités du marché monétaire (zone bleu foncé).
    3. La masse monétaire redondante négative (Sr) est éliminée, et la pleine nature monétaire est rétablie.

Quels sont les effets secondaires ou additionnels ?

On a souvent évoqué les nombreux bénéfices techniques apportés par un réseau construit avec logique (c’est-à-dire lorsque, au niveau même du protocole, tout nœud du réseau peut opérer aussi bien en mode « client » qu’en mode « service », tout en demeurant décentralisé). Dans cette section, on se contentera donc de remarques de nature économique sur les deux marchés commerciaux distincts auxquels Dash répond.

Regardons pour cela ce qu’une perturbation donnée, dans un des deux marchés ci-dessus, entraîne à la même étape dans l’autre marché. Par exemple, pour observer l’impact principal et secondaire d’une diminution de la taille du marché monétaire, ainsi que son impact sur le nombre de masternodes et sur le cours, on peut faire comme ceci :

On peut utiliser ce type d’analyse « en parallèle » pour modéliser les effets secondaires de toute perturbation — augmentation ou diminution du nombre de masternodes, expansion ou diminution du marché monétaire (par exemple une plus grande utilisation de la monnaie dans le commerce de détail). Pour identifier le point de départ, nous avons besoin de deux données :

Donc aujourd’hui [29 septembre 2015], des fonds sont entrés dans le marché, mais cela ne deviendra une perturbation qu’au moment où le cours en sera modifié (ce qui ne s’est pas encore produit au moment où j’écris ceci). Supposons que le cours ait bougé, dans le sens de la baisse. Le nombre de masternodes est resté stable, donc notre point d’entrée dans le modèle est l’étape 3a.

Conséquences sur le long terme, en analyse technique et sur les deux marchés

Dans l’exemple précédent apparaît un phénomène intéressant, qui a théoriquement une influence favorable sur les paramètres techniques de trading. On a vu que les réductions successives du marché monétaire ont pour effet de « pousser » la masse monétaire de la zone bleu foncé vers la zone orange, dans le diagramme. En analyse technique, une zone de résistance est censée se former à la fin d’un fort mouvement de vente. Cependant, avec un modèle économique à deux marchés, celui de Dash, il est possible que cette résistance soit fortement atténuée par la réduction de la masse monétaire dans la zone bleu foncé, puisque la plus grande part de ces fonds, qui sinon resteraient dans le livre d’ordres (trading potentiellement perdant attendant de devenir gagnant), sont partis vers leur nouvelle demeure, celle de caution de masternode (zone orange).

Donc, son marché double rend beaucoup plus simple pour Dash de retrouver sa capitalisation après un fort mouvement de vente — tandis que si vous n’avez pas ce mécanisme double, le marché doit tout faire tout seul : soit une montagne à escalader.

Notez qu’Evan [Duffield, le fondateur de Dash] voit la zone bleu foncé beaucoup plus petite que celle que j’ai dessinée. (Je l’ai dessinée en fonction du nombre actuel de masternodes.) Après réflexion, je comprends mieux pourquoi. Voyons comment ce modèle agit sur l’écart relatif entre les deux zones de marché, dans le cas d’une diminution de liquidités suivie d’une augmentation :

Précédents industriels pour cette approche et étude de cas

La raison pour laquelle je suis persuadé que cette façon de fonctionner n’est pas seulement saine, pour une jeune cryptomonnaie, mais qu’elle est aussi essentielle, c’est qu’il existe un exemple incroyablement proche dans l’industrie lourde, un secteur qui a dû faire face à des problèmes de croissance presque identiques, et qui a dû suivre une stratégie similaire de double marché pour répondre à ces défis.

L’Islande dans les années 60 avait une population d’environ 200 000 personnes, en croissance. Le gouvernement a lancé un plan ambitieux, sur le long terme, pour construire de nouvelles centrales hydro-électriques. La première de ces centrales devait être la plus grande existante à l’époque. Voici quel était le problème : une fois les travaux terminés, la production électrique entière serait disponible des décennies avant que la demande prévue n’ait suffisamment augmenté pour l’absorber. La question était donc : que faire de ces capacités en trop ?

La solution qui a été trouvée a été de construire un haut fourneau à aluminium. La production d’aluminium demande des quantités énormes d’électricité à bas prix, mais elle permet aussi d’accéder à un marché complètement séparé de celui de la consommation électrique qui prendrait des années à croître. Un même produit était donc fourni à deux marchés (en quelque sorte, la « production monétaire » était continue), mais les marchés avaient des propriétés distinctes qui étaient complémentaires l’une à l’autre, à la manière de Dash.

Cela a donné à la production électrique un marché double avec une dynamique favorable et appropriée, dans laquelle un marché est capable de relancer l’autre et de soutenir sa croissance. En conclusion, les fonds que nous avons observé aujourd’hui [29 septembre 2015] dans les livres d’ordres n’étaient peut-être rien d’autre que la « mauvaise graisse » de la zone bleu foncé, prête à être absorbée par le haut fourneau à aluminium (car heureusement, Dash en a un, maintenant ! ;-) [c’est-à-dire les masternodes, une nouveauté encore récente en 2015]).

Comment fait Bitcoin ?

Pour finir, observons comment ces deux marchés sont traités dans Bitcoin. Concernant le marché monétaire (la zone bleu foncé), il y a peu de différences économiques entre les cryptomonnaies parce qu’elles héritent toutes des caractéristiques principales de Bitcoin (preuve de travail, inflation jusqu’à un certain point, etc.). Cependant, c’est le marché de capitaux d’investissement (la zone orange) qui constitue le vrai défi — en particulier maintenant que nous savons que ce marché est la clé de la croissance de la monnaie sur le long terme, alimenté directement par les fonds excédentaires.

Bitcoin ne propose, au niveau du protocole, aucune récompense de preuve de service au réseau, excepté le minage. Les nœuds complets, par exemple, ne sont pas motivés financièrement, et cela a entraîné une baisse régulière de leur nombre au fur et à mesure que les portefeuilles SPV sont devenus majoritaires. Étudions deux exemples significatifs de la manière dont l’économie Bitcoin entend répondre à ce marché : les chaînes parallèles (sidechains) et les ETF (fonds négociés en bourse).

Comment Dash y parvient-il ?

Comment Dash évite-t-il les deux impasses précédentes ?

Dans le premier cas, il répond séparément aux deux fonctions monétaires fondamentales, mais il améliore la fongibilité au lieu de la détruire. Ceci parce que les marchés monétaire et d’investissement sont possibles dans Dash sans avoir à réaffecter une part de la masse monétaire sous une nouvelle identité, comme le font les chaînes parallèles.

Dans le second cas, Dash offre au niveau du protocole une récompense contre preuve de service, donc il offre un socle pour des investissements à revenu fixe, qui sont rétribués dans la même monnaie que celle du capital. (Le marché des actifs risqués est possible par défaut, que vos fonds servent ou non de caution de masternode.)

Comme ces deux exemples le montrent, le problème de Bitcoin est le même que celui rencontré partout ailleurs : de la fongibilité à la scalabilité, et de la scalabilité à la gouvernance. En d’autres termes : si vous souhaitez répondre à un marché double, vous avez besoin d’un protocole double !

Aussi simple que ça.  ;-)

Toknormal

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